Histoires de redémarrage

Le seul salarié qui connaissait le système est parti vendredi.

2 juin 2026 · 5 min de lecture · Stephane

Ce n'était pas une cyberattaque. Ce n'était pas une panne. C'était une lettre de démission — et personne n'avait mesuré ce qu'elle emportait avec elle.

Ce n'était pas une cyberattaque. Ce n'était pas une panne. C'était une lettre de démission — et personne n'avait mesuré ce qu'elle emportait avec elle.

Le contexte

Une PME industrielle de 40 personnes. Un ERP métier spécifique, déployé sept ans plus tôt par un intégrateur qui n'existe plus. Le système fonctionne. Il tourne. Personne ne s'en plaint — parce que personne n'y touche. Personne, sauf Marc.

Marc est responsable informatique depuis l'origine. Il a participé au déploiement, rédigé la documentation interne, formé les collègues au fil des années. Il connaît les contournements, les scripts, les sauvegardes manuelles que personne d'autre ne sait exécuter.

Un vendredi matin, Marc remet sa démission. Départ dans deux semaines. Préavis réglementaire.

L'incident

Semaine suivante. Le serveur de production présente une anomalie. Un message d'erreur inconnu. Le module de facturation ne génère plus les exports vers la comptabilité. Marc diagnostique, corrige, ne documente rien. Il part le vendredi suivant.

Trois jours après son départ, l'anomalie revient. Personne ne sait quoi faire. L'intégrateur d'origine n'existe plus. L'éditeur du logiciel a été racheté et son support se limite désormais aux versions récentes — pas celle installée ici. Marc répond aux appels, brièvement, poliment, mais il est passé à autre chose.

Pendant dix-huit jours, les exports comptables sont saisis à la main. Deux personnes mobilisées à temps partiel sur une tâche qui prenait vingt minutes par semaine. Les délais de clôture du trimestre sont compromis.

Les conséquences

Ce n'est pas le départ de Marc qui a coûté cher. C'est l'absence de transmission. La connaissance critique n'avait jamais été considérée comme un actif de l'entreprise — elle était considérée comme une compétence personnelle.

La direction a réalisé, après coup, que l'entreprise n'avait pas de documentation d'exploitation, pas de procédure de reprise, pas de contrat de support valide sur cet outil. Et pas de plan pour le cas où la personne qui savait ne serait plus là.

Les enseignements

Le vrai risque n'était pas technique. Il était humain — et invisible tant que tout fonctionnait. Trois questions simples auraient permis d'anticiper :

Qui, dans votre entreprise, détient une connaissance que vous ne pourriez pas reconstituer rapidement ? Sur quels systèmes ? Et que se passerait-il si cette personne partait demain matin ?

La continuité d'activité ne concerne pas uniquement les serveurs et les sauvegardes. Elle concerne aussi la mémoire opérationnelle de votre entreprise — et la question de savoir où elle réside.


La bonne nouvelle, c'est que ce type de dépendance se cartographie. Elle se documente. Elle se transfère — à condition de le décider avant que la situation l'impose.

Ce n'est pas un sujet informatique. C'est un sujet de direction.

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